15 juillet, 2007

Un avant-goût du "gut", important folklore material n°28 – Expats en Corée depuis 508 jours

Un avant-goût du "gut", important folklore material n°28


Voilà deux week-ends qu’on cherche à approcher un des mystères de la Corée, une sorte de non-dit un peu tabou que les initiés se refilent sous le manteau : les lieux de culte chamanes, les sanctuaires où se déroulent les cérémonies du "gut" (en coréen), bref la célébration des esprits tutélaires de la montagne, du fleuve, des éléments de la nature toute-puissante.
Samedi dernier, notre prof de coréen nous invite à la rejoindre au pied d’une des nombreuses montagnes toutes vertes qui se dressent en plein cœur de Séoul. Pas de chance : pas de cérémonies chamanes prévues cet après-midi là dans les deux sanctuaires visités. Juste des petites maisonnettes cloisonnées pour recevoir les personnes qui viennent parler aux prêtres chamanes, en contrebas de ce qui semble être un temple bouddhiste, mais avec une statue d’un esprit chamane à la place de Bouddha ! Le Lonely Planet précise que "de tout temps, bouddhisme et chamanisme ont cohabité pacifiquement en Corée". C’est bien le cas !


Le même Lonely Planet nous a depuis longtemps alléchés avec la « promenade à pied vers les sanctuaires chamanistes de l’Inwangsan ». Sauf qu’à notre dernière tentative, nous nous sommes retrouvés, suants et soufflants, sur la montagne d’à côté, loin des chamanes… (dans votre édition du Lonely, barrez le nom du temple de Bongwonsa de cette balade, il est très beau mais il n’est pas à cet endroit, c’est lui qui nous a enduit plein d’erreur !) A force d’opiniâtreté, grâce à un de mes contacts sous Flickr, Sae La Vie (merci!!), je trouve de belles photos et un descriptif plus précis de la fameuse balade chamane : http://www.flickr.com/photos/saesae/sets/72157600399738498/.


A la sortie n°2 de la station Dongnimmun, après une rue tortueuse (la première à gauche), et un improbable chemin qui serpente en plein chantier d’énormes tours « à la coréenne », je découvre effectivement un charmant petit ensemble de maisons traditionnelles et de temples bouddhistes imbriqués les uns dans les autres. Puis, en gravissant des marches, un minuscule sanctuaire apparaît, plus du tout bouddhiste pour le coup : le long d’un filet d’eau, un diseur de bonne aventure a installé un parasol hors d’âge, deux ajumas offrent des graines aux esprits de la montagne, mais les pigeons les picorent avant que les esprits s’ébrouent, et une prêtresse chamane déchire consciencieusement des tissus multicolores en psalmodiant. Je touche enfin là au mystère de ces croyances ancestrales, je suis certain que mes pieds foulent des rochers traversés de courants telluriques ! Je continue de gravir la montagne, je croise un autre lieu de prière planté devant deux superbes et énormes rochers aux formes fantasmatiques (Salvador Dali, dit Le Guide, oui, assez d’accord). Des marches taillées dans le roc contournent un pan de roche avec vue sur les « appateux » en contrebas, c’est très chouette.

Enfin, j’entends un tambour au loin. En me rapprochant, en pénétrant dans la forêt de pins, je trouve une femme assise en tailleur me tournant le dos sur une petite plate-forme de béton faisant face à la montagne. Absorbée dans sa lente percussion, elle ne s’arrêtera ni ne se retournera durant les dix minutes que je me repose en l’observant et en l’écoutant. Le temps s’arrête. Ce sanctuaire chamane, Guksadang, a été répertorié par le « ministère de la répertoriation » en tant que « Important Folklore Material n°28 ». Une belle récompense, ma foi !

Je ne sais toujours pas en quoi consiste le « gut », je n’ai pas assisté à des cérémonies d’exorcisme ou de bénédiction qui paraît-il peuvent durer six heures, mais j’en ai eu un bel avant-goût, au sein d’une nature protégée… en surplomb de la mégalopole bruissante.

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